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Max Guichard: "Oui, le stade Mandela peut être un outil contre le sport business"

Déclaration de Max Guichard, président du groupe communiste à la CUB, maire-adjoint à la politique sportive à Cenon.

Lors du conseil municipal de Bordeaux, le 24 juin dernier, mon camarade Vincent Maurin a émis l’idée que cette ville au passé chargé en termes de discrimination et d’inégalités des droits, rende un hommage particulier au grand Nelson Mandela dont l’état de santé a provoqué l’inquiétude et l’empathie partout dans le monde ces dernières semaines. Il a proposé de baptiser le futur stade de Bordeaux Nelson Mandela.

A droite, cette idée a été pour l’instant ignorée. Mais, plus contrariant, je constate qu’elle est combattue dans les rangs de gauche. Pour des raisons différentes, nos amis Verts, socialistes, et même quelques-uns de nos camarades s’offusquent en effet de voir le nom de Nelson Mandela associé à ce grand équipement. Pour le président des élus socialistes bordelais, carrément, nous serions soit des ignorants, soit des démagogues…

Je veux ici l’appeler à la raison et le rassurer. Les élus communistes qui ont eu à délibérer sur le grand stade, à la CUB et au conseil municipal de Bordeaux, sont parfaitement au fait de ce dossier. Nous avons défendu des options complètement différentes des siennes (et de celles des Verts), c’est peut-être cela qui l’indispose.

Oui, nous connaissons les dérives du sport-bussiness. Notre sensibilité a la chance de compter dans ses rangs une femme comme Marie-George Buffet qui a beaucoup œuvré contre cette marchandisation de la pratique sportive. Lutte contre le dopage, refus de l’entrée en Bourse des clubs professionnels, soutien au sport amateur et au sport féminin,… Ce qui se produit dans le sport professionnel nous déplaît au plus haut point, dans le football comme dans bien d’autres sports. Mais nous ne sommes pas des résignés. Cela peut peut-être aussi indisposer.

Mais il est un fait que le football est encore le sport le plus populaire au travers le monde et que les compétitions de football restent les plus suivies. Nous estimons pour notre part qu’il doit rester un sport populaire et qu’il revient donc aux puissances publiques (collectivités, Etat mais aussi fédérations sportives) de garder et même de reprendre la main.

Voilà pourquoi nous avons été parmi les premiers à nous opposer au montage financier du Grand stade de Bordeaux qui laisse les mains libres au club professionnel des Girondins et à leur actionnaire majoritaire, M6. Un stade, fut-il résidence d’un grand club professionnel, ne concerne pas seulement les argentiers de celui-ci. Un tel stade doit rester un équipement sportif public dans lequel toutes les pratiques sportives doivent pouvoir s’épanouir. C’est ce qui faisait la force du stade Lescure dont les communistes bordelais espèrent d’ailleurs qu’il restera un espace de pratique sportive populaire.

Nous avons été les seuls, à la CUB comme à Bordeaux, à exiger que la puissance publique, qui apporte une grande partie du financement de ce stade, reste décisionnaire. Nous avons été les seuls à demander une participation majoritaire de la puissance publique afin de mieux maîtriser cet équipement.

Évidemment, on peut comprendre que le citoyen soit perturbé par ces investissements importants qui semblent imposés par des instances européennes du football qui elles, servent depuis longtemps la soupe aux appétits financiers. Sur ce point, il est nécessaire de ne pas tomber dans le piège qui nous est tendu. Oui, les exigences du sport-business sont déplacées et non, elles ne doivent pas guider nos choix. Mais pour autant, faut-il s’interdire de moderniser nos équipements sportifs ? Les milliers de spectateurs qui se rendent toute l’année au stade Lescure n’aspirent-ils pas à cette modernisation ? A ceux qui en doutent, nous ne pouvons que leur conseiller d’assister à un match un jour de pluie depuis les places réservées aux personnes handicapées…

Évidemment, on peut comprendre aussi que le citoyen soit perplexe devant le montant de ces investissements alors que la situation sociale et économique sont décrites du matin au soir comme apocalyptiques… Mais apocalyptiques pour qui ? Pas pour les actionnaires du sport-business, pas pour ceux de M6, ni même pour ceux des entreprises qui licencient à tour de bras. L’argent existe pour construire des crèches, améliorer les réseaux de transports et moderniser les équipements culturels et sportifs. Cet argent, c’est celui que créent les travailleurs et que confisquent les actionnaires.

Et si les collectivités locales sont dans une situation difficile, ce n’est pas d’avoir trop investi dans le sport. Non, c’est parce que le gouvernement de messieurs Fillon et Juppé ont par exemple offert 7,5 milliards d’euros aux grandes entreprises en supprimant la taxe professionnelle. C’est aussi parce que les banques, que la puissance publique a sauvé du désastre qui a suivi 2008, continuent d’imposer leur loi et leurs taux d’emprunts. Toutes choses auxquelles le gouvernement Ayrault-Hollande n’a pas mis fin. Pire, il a même rajouté 20 milliards de cadeaux sous formes d’exonérations pour son « pacte de compétitivité ».

Demander aux citoyens de choisir entre les crèches et un stade, alors même qu’on continue d’exonérer les grandes entreprises de taxe professionnelle, voilà qui ne relève pas de la démagogie mais d’une véritable arnaque ! Oui, c’est l’austérité qui pousse à la multiplication des partenariats public-privé dans lesquels les collectivités sont grandes perdantes. Vouloir mettre fin aux PPP sans s’attaquer aux politiques austéritaires, c’est au mieux se condamner à choisir qui du sport, de la culture, de la petite enfance, du logement ou de l’environnement aura la préférence. Nous nous y refusons et nous ne sommes pas les seuls puisqu’au sein même du gouvernement, cette logique vient de faire sa première victime en la personne de Delphine Batho.

Le montage financier de ce stade ne nous convient pas, nous l’avons combattu. Et nous continuons. Ainsi, la proposition formulée par Vincent Maurin est une attaque en règle de ce montage. Poser la question du nom de ce stade, c’est en effet remettre en cause le naming qui pèse sur cet équipement. Non, celui-ci ne doit pas porter le nom du mieux disant financier ! C’est à nous, le peuple, de remettre en cause ce choix. Et ce n’est une première étape. Nous espérons bien qu’Alain Juppé ne sortira pas vainqueur des futurs élections municipales. Mais alors, il ne s’agira pas pour la gauche de détruire un stade, que les grands élus socialistes ont d’ailleurs tous approuvé, montage financier en PPP compris. Non, il pourra alors être question de reprendre la main dessus, d’y imposer des pratiques sportives autres ; bref, d’y adjoindre une véritable mission de service public.

Et, pour finir, nous assumons entièrement l’utilisation de l’image de Nelson Mandela à ces fins. Parce que l’histoire retiendra le rôle qu’il a lui-même fait jouer au sport (y compris le sport-spectacle) pour favoriser le rapprochement des peuples et pour matérialiser des changements hautement politiques. Nous nous souvenons combien ce combat fut long et difficile. Nous sommes conscients de la difficulté du combat qui est le nôtre contre la résignation face au sport-business, à l’austérité et à l’argent roi. Mais nous sommes déterminés à le poursuivre.

Voilà pourquoi j’ai tout de suite signé la pétition que Vincent Maurin a initié. Et voilà pourquoi j’invite les citoyennes et les citoyens de Bordeaux, de la CUB, de Gironde et d’ailleurs à s’inscrire dans ce débat !

 

 

Rendez-vous sur le site de Vincent Maurin pour signer la pétition pour le Stade Mandela: http://www.vincentmaurin.fr/

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